Bornéo - Sarawak
Le Sarawak, façade fluviale et forestière de Bornéo malaisien, où Kuching, les longhouses iban et les karsts de Gunung Mulu composent un voyage culturel et nature.
Le Sarawak occupe la partie nord-ouest de l'île de Bornéo et reste, à nos yeux, la facette la plus brute de la Malaisie. L'État s'étire sur près de 750 kilomètres de côte le long de la mer de Chine méridionale, adossé à une arrière-pays de forêts pluviales, de rivières larges et de massifs calcaires qui se prolongent jusqu'à la frontière du Kalimantan indonésien. Contrairement au Sabah voisin, plus orienté plages et plongée, le Sarawak garde une identité fluviale et forestière, héritée de l'époque où les rajahs blancs Brooke administraient la région depuis Kuching.
Kuching, justement, sert de point d'entrée. Avec ses 600 000 habitants, c'est une ville à taille humaine, posée sur les deux rives du Sarawak River, où l'on circule en tambang, ces petites barques à fond plat qui font la navette pour quelques ringgits. Nous y emmenons nos voyageurs au Sarawak Museum et à son extension contemporaine, le Borneo Cultures Museum ouvert en 2022, qui présente l'une des collections ethnographiques les plus complètes d'Asie du Sud-Est sur les peuples dayak. Côté table, le laksa Sarawak et le kolo mee se mangent dès le petit-déjeuner dans les kopitiams du quartier chinois, autour de Carpenter Street.
Au-delà de la capitale, le territoire se déploie en arc autour de quelques pôles. À une heure de route, le parc national de Bako couvre 27 km² d'une péninsule gréseuse découpée en criques, parcourue par sept sentiers balisés et peuplée de nasiques, ces singes au long nez qu'on ne trouve qu'à Bornéo. Plus à l'intérieur, le centre de réhabilitation de Semenggoh accueille une douzaine d'orangs-outans semi-sauvages, observables aux heures de nourrissage. Pour les amateurs de karst, le parc de Gunung Mulu, classé à l'UNESCO en 2000 et accessible uniquement par vol depuis Miri ou Kuching, abrite la Deer Cave, dont la chambre principale fait 2 km de long, ainsi que les Pinnacles, des aiguilles calcaires de 45 mètres atteintes après deux jours de marche.
L'âme du Sarawak se trouve toutefois le long des fleuves. Les Iban, Bidayuh, Orang Ulu et Penan, qui représentent ensemble près de 45 % de la population de l'État, vivent encore en partie dans des longhouses, ces maisons collectives en bois qui peuvent loger vingt à trente familles sous un même toit. Nous organisons des nuits chez l'habitant le long du Batang Ai (réserve d'orangs-outans sauvages à la frontière indonésienne) ou de la Lemanak River, en pirogue depuis Lubok Antu. Les Bidayuh, eux, se visitent plus facilement depuis Annah Rais, à 90 minutes de Kuching, où la longhouse compte plus de 500 habitants.
L'économie locale tient à trois piliers : l'huile de palme, qui a transformé une partie des plaines côtières, le pétrole offshore au large de Miri et de Bintulu, et le bois. Cette pression industrielle est réelle, et nous ne la cachons pas à nos voyageurs : une partie des trajets routiers traverse des monocultures, et la forêt primaire intacte se concentre désormais dans les parcs nationaux et certaines zones tribales. C'est aussi pour cela qu'un voyage au Sarawak prend du sens, en orientant ses nuits vers les opérateurs communautaires plutôt que les lodges déconnectés du tissu local.
Côté festivités, le Gawai Dayak du 1er juin marque la fin des récoltes de riz dans les longhouses, avec ouverture aux visiteurs si l'on est invité. Et chaque mois de juillet, le Rainforest World Music Festival, organisé au Sarawak Cultural Village de Santubong depuis 1998, attire musiciens et public sur trois jours. Deux moments forts que nous calons dans nos itinéraires quand les dates correspondent.
À découvrir
Nasiques et plages de Bako. Sentiers gréseux du parc national de Bako entre criques, falaises et forêt de kerangas, avec observation des nasiques en fin d'après-midi sur les arbres bordant la plage de Telok Assam.
Grottes et pinacles de Gunung Mulu. Sortie du soir à la Deer Cave pour la nuée de chauves-souris (jusqu'à 3 millions d'individus), puis trek de 3 jours vers les pinacles calcaires de Gunung Api à 1 200 mètres d'altitude.
Nuit en longhouse iban. Remontée en pirogue de la Lemanak River depuis Lubok Antu, soirée partagée avec une famille iban autour du tuak (vin de riz) et du poulet pansoh cuit dans le bambou.
Orangs-outans de Semenggoh. Centre de réhabilitation à 24 km de Kuching, où une douzaine d'individus semi-sauvages descendent aux plateformes lors des nourrissages de 9h et 15h, selon la saison des fruits.
Front de fleuve de Kuching. Promenade au crépuscule sur le Waterfront, traversée en tambang vers le Kampung Boyan, puis dîner de laksa Sarawak dans les échoppes de Chai Chee Street.
Quand y aller
Le climat du Sarawak est équatorial humide toute l'année, avec des températures stables entre 24 et 32 °C en plaine et une humidité rarement sous les 80 %. La mousson du nord-est s'installe de novembre à février et déverse l'essentiel des précipitations sur la côte : à Kuching, décembre et janvier dépassent souvent 600 mm de pluie mensuels, contre 200 mm en juin-juillet. Pendant cette période, certaines sorties en mer vers Bako peuvent être annulées et les pistes des longhouses deviennent boueuses.
La fenêtre la plus stable s'étend de mars à septembre, avec un creux de précipitations en juin, juillet et août. C'est la période que nous privilégions pour les treks de Gunung Mulu et les remontées de rivière, les niveaux d'eau restant suffisants pour la navigation tout en limitant les averses prolongées. À noter que dans les massifs intérieurs au-dessus de 1 000 mètres (sommet du Gunung Mulu à 2 376 m), les nuits descendent à 12-15 °C, et il faut prévoir une polaire même en saison sèche.
Conseils pratiques
Nous recommandons au minimum 6 à 7 jours sur place pour combiner Kuching, un parc national côtier (Bako ou Santubong) et une nuit en longhouse. Comptez 9 à 10 jours si vous ajoutez Gunung Mulu, qui s'atteint en vol intérieur d'1h depuis Kuching ou Miri, AirAsia et MASwings opérant la liaison. Les distances routières dans le Sarawak sont longues et les transferts internes se font donc majoritairement en avion. Le Sarawak se combine logiquement avec le Sabah voisin (vol direct Kuching-Kota Kinabalu en 1h30) pour un panorama complet de Bornéo, ou avec Kuala Lumpur en début ou fin de circuit.
Le niveau de confort est variable : à Kuching, l'hôtellerie urbaine est correcte (catégories 3 à 5 étoiles), mais dans les longhouses et certains lodges de forêt, on dort sur natte ou en chambre simple avec ventilateur et salle d'eau partagée. Cette destination s'adresse aux voyageurs curieux des cultures vivantes, aux marcheurs (les sorties à Mulu impliquent 6 à 8 heures de marche quotidienne) et aux familles avec enfants à partir de 10-12 ans capables de tenir une journée en pirogue. Les contemplatifs y trouveront leur compte sur les rivières, moins les amateurs de plages, qu'on orientera plutôt vers les Perhentian ou Langkawi.




